La Gauche se refonde et tiendra son congrès prochainement. Selon Moustapha Fall Che, « la Gauche ne sera plus faiseuse de rois » ; son ambition est de se positionner pour compter demain. Moustapha Fall Che affirme les ambitions de la Gauche qui s’ouvre à la diaspora.
Entretien réalisé par Pape Amadou Fall
Afrik Matin : La situation politique au Sénégal est pleine d’ébullition et de recomposition. On s’interroge sur qui est qui ? Le Pastef projette le souverainisme, les partis libéraux se préparent : l’Alliance pour la République, la Nouvelle Responsabilité, le Parti Démocratique Sénégalais, et le Rewmi d’ Idrissa Seck se mettent en ordre de bataille pour les futures échéances politiques. Mais où en est la gauche dans tout ça ?
Moustapha Fall Che : La gauche sénégalaise est une vieille gauche. Elle est là depuis les cercles communistes qui ont été créés par des colons. Ce sont eux qui ont créé le premier système communiste au Sénégal, donc la naissance de la gauche, qui était bien implantée en Afrique occidentale.
Si la Gauche n’a pas pris le pouvoir en 1968, c’est qu’à l’époque, il n’y avait pas de parti révolutionnaire de gauche présent sur le terrain. Le PIT, qui était le parti le plus à gauche, était dissous et interdit au Sénégal. On n’osait plus parler du PIT. De plus, on s’est rendu compte que la gauche, non seulement, ne cherche pas le pouvoir de manière radicale, mais elle est faiseuse de rois. C’est là que c’est grave. Voilà pourquoi nous avons dit non. Il faut arrêter ça. Nous n’allons plus élire des hommes de droite ; plus tard, quand ils auront assez de force, ils vont nous réprimer encore. Nous allons travailler pour nous-mêmes. Voilà pourquoi notre prochain mouvement sera plus qu’un parti. Pour la première fois en Afrique, on essaie de créer un courant. On va travailler pour nous-mêmes. Voilà pourquoi on n’insiste pas sur ce qu’il y avait comme gauche. On les connaît, c’est d’ailleurs ce qu’ils voulaient faire, peut-être, mais qu’ils ne pouvaient pas faire. Parce que la gauche qui se limite à faire des communiqués, ce n’est pas une gauche. La gauche se bat sur le terrain. La gauche doit être à côté des opprimés, à côté de la classe moyenne, à côté des masses paysannes, etc. La gauche doit chercher à avoir le pouvoir et cesser de se servir d’un pouvoir qui n’est pas le sien. Voilà pourquoi « la gauche en route pour le pouvoir » sera différente de toutes les gauches. On a dit dans le manifeste que c’est la meilleure gauche, et vous allez vous en rendre compte. Quand vous la verrez sur le terrain, vous verrez que c’est faire autre chose que ce qu’on faisait auparavant.
Où allez- vous trouver cette vitalité pour pouvoir porter un tel combat ? C’est ambitieux ce que vous envisagez. Avez-vous les moyens de vos ambitions ?
Oui, il faut d’abord sortir et dire que nous voilà. Cela sera fait à travers la prochaine conférence de presse que l’on fera pour lancer le mouvement, à travers son manifeste. C’est par le manifeste qu’on saura ce qu’est « la gauche en route pour le pouvoir », les ambitions de « la gauche en route pour le pouvoir », les moyens de « la gauche en route pour le pouvoir ». Quelque part dans le manifeste, on a dit que « la gauche en route pour le pouvoir » ne dispose pas de millions de francs CFA, mais elle dispose de millions de techniques de lutte. C’est important, cela veut dire beaucoup de choses. Il est vrai que l’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue.
La gauche a toujours été accompagnée par le grand frère, comme vous dites dans votre jargon. Nous sommes dans une autre ère aujourd’hui. Quelles sont vos relations avec le grand frère ? Avez-vous déjà tendu la main au grand frère ou comment ça va se passer ?
Non, non, mais actuellement nous avons la pression de la gauche sénégalaise dans la diaspora. Ils sont proches de ces gens-là. D’ailleurs, ils demandent qu’on les invite à la conférence.
Cela risque d’être une conférence internationale. Parce que les camarades, les grands frères, pas soviétiques tout court, pas russes tout court, mais aussi les Européens, veulent que quelque chose se fasse au Sénégal. Et en Afrique. Partout, il y a des embryons, parce que le PAI, qui était notre mère, avait des sections un peu partout en Afrique, pas seulement au Sénégal. Et moi, mon premier parti c’est le PAI. En pleine clandestinité, je suis entré au PAI en 70. En pleine clandestinité, j’ai été recruté par Alla Kane, qui est actuellement l’un des maîtres à penser du Pastef. C’est lui qui a fait ma formation, avant que j’aille dans les pays de l’Est. Tout ce que j’ai appris dans les pays de l’Est, on me l’avait déjà enseigné au Sénégal. Donc, cela ira. Cette fois-ci, on va partir, on aura un bon départ.
. Il faut savoir chercher pour soi-même
C’est vrai que les grands frères ne sont plus là, mais les grands frères, justement, ne nous encouragent pas à travailler pour nous parce qu’ils nous donnaient tout ce qu’on voulait. Il faut savoir chercher pour soi-même. Mais quand tu es attentif, c’était une gauche attentiste, qui attendait que les grands frères nous donnent quelque chose ; ils nous donnaient tout : formation, tout, tout, tout. Même les Cubains qui ne pouvaient pas nous donner de l’argent, ils nous donnaient des milliers de disques. Ils nous envoyaient ça à travers des commerçants qui travaillaient pour nous et qu’on revendait. Le dernier envoi faisait plus de 300 millions. Cela a été détourné par un commerçant en qui on avait confiance. On a perdu cette somme. Depuis lors, les grands frères cubains ont refusé de nous envoyer.
Mais moi, je suis pour qu’on cherche par nous-mêmes. Et si on fait ce qu’on doit faire, si on maîtrise la situation au Sénégal, ils vont venir nous appuyer sans qu’on leur demande. Parce qu’ils ne demandent que cela.

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