
L’ancien Ministre Abdoulaye Diouf Sarr, président du parti Renaissance Républicaine (RR) appelle à une union autour du Président de la République. Le Pastef constate-t-il cherche à créer les conditions d’un blocage institutionnel.
Propos recueillis par Pape Amadou Fall
Afrik matin : Le Sénégal vit une situation compliquée avec le rejet de Loi des Finances par l’Assemblée nationale comment analysez-vous cette situation?
Abdoulaye Diouf Sarr : Cette situation est inédite et elle est très surprenante, parce que d’une crise politique, on passe à une crise économique. Ce qui est regrettable, c’est que cette crise économique qui s’installe risque de se métastaser, et de devenir véritablement une crise qui va impacter l’ensemble des secteurs. Aujourd’hui, nous pouvons dire que l’Etat du Sénégal a des mécanismes institutionnels pour surmonter la situation des blocages parlementaires, mais l’utilisation des mécanismes n’est pas souhaitée économiquement, parce que cela donne un mauvais signal à nos partenaires et aux acteurs économiques.
Donc, ce qui est en train de se passer, c’est que le pays qui est à l’arrêt parce qu’il n’y aura plus d’investisseurs privés, les partenaires institutionnels ne vont plus venir.
Aujourd’hui, il y a un risque donc, le Sénégal a un accord avec le Fonds Monétaire international (FMI) qui devait être validé par son Conseil d’administration. Nous avons suivi, ces derniers jours, la position du FMI qui disait que, par rapport à la Loi de finances et les dispositions que comptait prendre le Pastef majoritaire à l’Assemblée, il fallait bien surveiller cela. Le Pastef a franchi le Rubicon en rejetant la Loi. Au-delà des décrets d’avance que peut faire le Président de la République ?
la LFR devait en être le signal fort de confiance
Ce qui est évident, c’est que le FMI était dans un processus de résolution de crise. L’accord qui a été signé, était un pas vers une solution. Mais la LFR devait en être le signal fort de confiance que l’État devait envoyer au FMI pour lui permettre de poursuivre la résolution de la crise sénégalaise. Ce signal de confiance-là a été interrompu par l’Assemblée nationale, qui est l’instance d’autorisation. Donc, théoriquement, le FMI va freiner. Non seulement le FMI va freiner, mais tous les autres partenaires également. Les agents de notation vont rabaisser davantage la note sénégalaise. Mais mieux, notre pays va être regardé de par le monde comme étant véritablement une république bananière.
Comment régler le problème ? Le problème, désormais, a quitté le champ économique pour s’installer dans le champ politique. Parce qu’on était dans un processus de résolution de problèmes par des mécanismes économiques. Mais aujourd’hui, on est sorti de ce champ. La résolution ne peut être qu’une résolution politique.
Et c’est politiquement qu’il faut trouver une solution pour qu’on puisse retrouver la sérénité et la conscience politique qui permettent de réenclencher le processus économique.
le Pastef cherche le blocage
Vous êtes un acteur politique, ancien ministre, économiste, que cherche le Pastef selon vous ? Parce que c’est lui qui a pris la décision de bloquer, de rejeter par une très forte majorité de députés cette loi de Finances.
C’est un secret de polichinelle que le Pastef cherche le blocage. Le Pastef pose des actes pour construire cette idée-là. Installer une situation politique ingérable. Ils sont en train de poser un acte de politique important. L’argument de non-sincérité de la loi n’est pas un argument objectif. Parce que ce qui n’a pas été sincère, c’est le plan de redressement économique et social (Press). Ce plan de redressement économique, s’il était sincère, on n’allait pas avoir ce décalage dans la réalisation de recettes. Donc aujourd’hui, si en toute connaissance de cause, il bloque la Loi avec cet argument assez subjectif, c’est parce qu’ils veulent précipiter une situation politique ingérable.
« Le camp des Républicains doit se mettre debout »
L’opposition est en train de s’organiser. On a suivi la sortie d’Idrissa Seck dernièrement. Un grand rassemblement de l’Opposition est annoncé pour faire face au pouvoir qui est en place, et particulièrement à l’opposition majoritaire de Pastef à l’Assemblée nationale. Comment vous situez-vous par rapport à tout cela ?
Il y a des situations dans un pays qui exige une union totale. Et le Sénégal est à ce point-là. A un point de non-retour, où le camp des Républicains doit donc se mettre debout, pour éviter que les situations irréparables se produisent.
Donc, vous y serez ?
Évidemment. Le camp des Républicains, le camp de ceux qui aiment le Sénégal, et qui ne veulent pas que le Sénégal plonge dans les abysses irréparables doit se mettre debout. Moi, j’aime le Sénégal, je ne peux pas être absent quand il s’agit de sauver le Sénégal.

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